Le château de Hartheim, un centre d’euthanasie

Le château de Hartheim est un ancien centre d’euthanasie nazi, situé à Alkoven, près de Linz, en Haute-Autriche. Le château actuel date du XVIe siècle. Il a été construit sur un bâtiment datant du XIIIe siècle, En 1889, le prince Camillo Heinrich von Starhemberg, propriétaire du château, en fait don aux Filles de la Charité de Saint Vincent de Paul. Le château devient alors un asile destiné aux handicapés mentaux.

Avant l’accession d’Adolf Hitler au pouvoir, de nombreux scientifiques et hommes politiques allemands sont favorables à l’eugénisme : un concept pseudo-scientifique d’hygiène raciale. 

En 1933, dès son arrivée, Hitler s’inspire de l’eugénisme américain. Il instaure un ensemble de lois et de décrets qui portent sur des stérilisations contraintes et l’élimination des handicapés. Le Führer se met alors en quête de bâtiments susceptibles d’abriter ses macabres desseins.

Un centre de mise à mort à Hartheim

En mars 1940, les SS modifient le bâtiment. Ils installent une chambre à gaz (camoufflée en douche), un four crématoire et un garage en bois, sur l’aile ouest du château. 

Cinq autres installations de gazage sont mis en place dans le cadre du Programme d’euthanasie forcée des handicapés: Bernburg, Brandenburg, Grafeneck, Hadamar et Sonnenstein. Ces centres de mise à mort utilisent du monoxyde de carbone pur, fabriqué chimiquement.

« Carte indiquant les centres d’euthanasie nazis »
Les 6 centres d’euthanasie nazis

L’Aktion T4 dans le château de Hartheim

Les premières personnes euthanasiées sont des handicapés (enfants et adultes) et des pensionnaires de maisons de santé ou de maisons de repos. Elles proviennent d’Autriche, de Bavière et des territoires annexés de la Tchécoslovaquie et de la Yougoslavie.

Les futures victimes arrivent dans des bus entièrement peints en gris. Déchargées dans le garage en bois, à l’abri des regards, elles rentrent dans le bâtiment par une petite porte. 

Photo Wikipédia

Sur les photos ci-dessous, on peut voir l’emplacement du garage. Les malades rentraient dans le château par une porte située derrière la palissade de droite.

« L’emplacement du garage dans le château de Hartheim »
L’emplacement de l’ancien garage du château de Hartheim
Les noms des nationalités sont gravés sur une vitre photo Benoît Scramure

Après la crémation, les cendres sont jetées dans le Danube, le Traun ou le jardin. Les objets sans valeur disparaissent dans des fosses creusées près du château. Pour couvrir leurs méfaits, les SS envoient, aux familles, des faux certificats de décès. Les causes des ces morts sont farfelues.

Face à ces nombreuses disparitions de malades, la population et l’Église commencent à s’interroger. Afin de ne pas perdre leur soutien, 24 août 1941, Hitler donne l’ordre d’arrêter l’opération T4. À cette date, plus de 18 000 personnes ont perdu la vie à Hartheim.

L’opération « Sonderbehandlung 14f13 » à Hartheim

Après le mois d’août 1941, les SS utilisent le château pour exterminer les déportés devenus incapables de continuer à travailler. Ils sont gazés dans le cadre de l’opération baptisée 14f13. Cette opération n’est que la poursuite de l’Aktion T4, d’une façon déguisée.

Cette opération fait 8.000 nouvelles victimes dont près de 5.000 détenus. Ces derniers, provenant des camps de concentration de Mauthausen, Gusen et Dachau, sont amenés à Hartheim sous couvert d’un « congé sanitaire » ! 

Fin des euthanasies dans le château de Hartheim

Hartheim cesse ses activités, le 12 décembre 1944. Un ordre de la chancellerie du Führer impose la transformation du château en un immeuble normal d’habitation. 

Suite à cet ordre, vingt prisonniers, provenant du camp de Mauthausen, détruisent les installations techniques et rétablissent le bâtiment comme à son origine. Parmi eux, deux déportés espagnols réussissent à cacher des documents, dans un mur, pour laisser une preuve des actes commis là.

Après la guerre, ils révèlent l’endroit où sont cachés ces documents. Sans ces deux hommes, l’histoire du lieu aurait été oubliée à jamais et, avec elle, la mémoire des victimes.

Sur la photo ci-dessous, on peut voir une palissade derrière laquelle les malades se déshabillaient avant de se rendre dans la salle d’enregistrement. 

« La cour aux arcades dans le château de Hartheim »
Une palissade cachait le passage des prisonniers
« Des plaques commémoratives à Hartheim »
Des plaques mémorielles sur le mur extérieur du château de Hartheim
« Le château de Hartheim est rempli de plaques commémoratives »
Des gerbes et des plaques mémorielles dans la cour du château de Hartheim

De macabres découvertes à Hartheim 

À la libération, les Américains découvrent un rapport des activités compromettantes de Hartheim qui permet de faire condamner les responsables. En tout, au moins 30.000 personnes ont été assassinées à Hartheim. Les pratiques eugéniques nazies, poussées à l’extrême, ont mené à de sordide crimes contre l’Humanité. 

Le Mémorial de Hartheim

Aujourd’hui, le rez-de-chaussée du château est devenu un Mémorial. À l’extérieur, le long du mur, côté Est, un sarcophage regroupe des restes humains retrouvés dans le jardin. Les objets personnels découverts sont exposés dans la salle d’enregistrement et dans des salles de documentation.

Le porche d’entrée ouvre sur une cour carrée à arcades surmontée de trois étages à balustrades. Le bâtiment a été magnifiquement rénové. Un peu trop à mon goût ! Il est choquant d’entrer dans une aussi belle bâtisse dans laquelle autant d’atrocités ont été commises.

« Le château de Hartheim est devenu un lieu de mémoire »
Le château de Hartheim perpétue la mémoire

Dans ce lieu de mémoire, il ne reste que peu de choses : quelques objets personnels, des cendres, des ossements et des photos des victimes identifiées.

Sur le sol, un tracé lumineux indique le chemin emprunté par les malades jusqu’à la salle d’enregistrement. Ce chemin continue, à l’extérieur, jusqu’à la chambre à gaz et au crématorium. 

Par mesure de respect pour les décédés, on ne peut pas marcher sur ce tracé. On doit emprunter une passerelle qui surplombe les lieux d’extermination.

Le château de Hartheim est un lieu émouvant et empli de tristesse. Au sortir de cette pénible visite, on ne peut se poser qu’une seule question : comment a-t-on pu en arriver là ? Il est important de préserver ce lieu pour rendre hommage aux victimes et pour rappeler les horreurs du nazisme afin que de tels actes ne se reproduisent plus jamais. Cela permet également de comprendre les conséquences des idéologies extrêmes et de l’eugénisme qui ont conduit à l’extermination de millions de personnes. En gardant vivante la mémoire de ces événements, nous pouvons aussi continuer à apprendre des erreurs du passé et à protéger les droits de tous les individus dans le futur.

Informations pratiques

Lern- und Gedenkort Schloss Hartheim
Schlossstr. 1
A – 4072 Alkoven
Site Web : http://www.schloss-hartheim.at/index.php/en/

Horaires d’ouverture
Lundi-jeudi : 8 h 30 à 16 h 30
Vendredi : 8 h 30 à 13 h 0

Le parking est gratuit. La visite du rez-de-chaussée du château est gratuite. La visite des étages est payante.

Mise à jour le 25/01/2023

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